En Suisse, de nombreuses personnes donnent gracieusement de leur temps pour leur communauté. Mais la réalité de cette forme d’engagement a beaucoup évolué. Pour la première fois, un guide en français veut donner une vue d’ensemble des bonnes pratiques en matière d’accompagnement du bénévolat dans les Eglises bilingues et francophones.

« Ce manuel a été adapté pour la Suisse romande sur la base d’un travail mené depuis plusieurs années par les Églises réformées alémaniques, qui ont élaboré puis réactualisé à quatre reprises un guide de promotion et de gestion du bénévolat », explique Jacqueline Lavoyer-Bünzli. L’ancienne membre du comité de Diaconie suisse a œuvré à cette adaptation sur demande de L’Église évangélique réformée de Suisse (EERS).

Mais attention : ce nouveau guide n’est pas une simple traduction. « Certains chapitres ont été conservés tels quels, d’autres ont été ajustés, complétés ou allégés afin de mieux correspondre aux réalités romandes », souligne encore Jacqueline Lavoyer-Bünzli.

Car des différences culturelles existent bel et bien de part et d’autre de la Sarine. En Suisse romande, le bénévolat ne se limite souvent pas au cadre paroissial. Une grande partie de ces activités se déploie dans les structures diaconales, souvent à l’échelle régionale ou œcuménique et touche aussi bien à l’accueil des personnes migrantes, qu’aux actions sociales, à des projets environnementaux ou encore à la solidarité de proximité. Tandis que du côté des Eglises de Suisse alémanique, le bénévolat est sans doute davantage structuré, encadré d’un point de vue méthodologique et centré sur la paroisse.

Une « boîte à outils » évolutive

Conçu comme un outil de travail concret, le guide comporte une partie théorique ainsi qu’une véritable boîte à outils avec des fiches pratiques, des listes de contrôle, des exemples de bonnes pratiques, des outils méthodologiques. Il est appelé à évoluer au fil du temps et des besoins, relève l’adaptatrice. Certaines thématiques ont été renforcées dans la version romande, comme la question délicate de l’engagement de personnes requérantes d’asile. Le guide intègre aussi des directives types pour éviter certaines situations à risque : rémunérations informelles, petits emplois déguisés, confusion entre bénévolat et travail salarié. Sans cadre clair, des situations bien intentionnées peuvent conduire à des conséquences juridiques lourdes pour les personnes concernées comme pour les paroisses.

Diacre au sein de l’Eglise réformée neuchâteloise (EREN), engagé notamment dans l’aumônerie de rue et dans le catéchisme, Jean-Marc Leresche salue un outil « utile à toutes les instances qui enrôlent des bénévoles ». Les fiches pratiques peuvent selon lui donner une base bienvenue qu’il est possible ensuite d’adapter à la réalité du terrain.

Évolution dans le bénévolat

Car les formes de bénévolat évoluent. « Longtemps, les Églises ont pu compter sur des personnes très fidèles à l’institution, prêtes à s’engager durablement et sans compter », souligne la traductrice. Désormais, les profils des bénévoles se diversifient : les engagements sont davantage centrés sur une cause précise et portés par des valeurs humanistes proches des valeurs chrétiennes, mais sans nécessairement une forte identification à l’institution.

« Ce changement rend le recrutement plus exigeant, mais ouvre aussi de nouvelles opportunités », estime Jacqueline Lavoyer-Bünzli. Le domaine diaconal, en particulier, apparaît comme un espace privilégié de rencontre entre l’Église et la société. Lors de crises récentes, comme celle de la pandémie ou de l’afflux de réfugiés ukrainiens, beaucoup de gens ont cherché des lieux où agir concrètement. Grâce à son réseau, l’Église dispose d’un atout majeur pour motiver les volontaires, à condition d’adopter une posture non prosélyte.

Recruter, accompagner, remercier

Le bénévolat ne peut être pensé comme une simple réponse au manque de personnel salarié ou de pasteurs par exemple. Une telle posture utilitariste nuirait à moyen et long terme, avertit Jacqueline Lavoyer-Bünzli. Travailler avec des bénévoles suppose donc aussi une véritable culture de la reconnaissance, de l’écoute et de l’accompagnement.

« On souhaite souvent la bienvenue aux nouvelles personnes qui s’engagent. Mais il s’agit peut-être aussi de soigner le moment de leur départ, avec des remerciements en bonne et due forme », ajoute Jean-Marc Leresche. Une pratique qui a cours à « La Lanterne », ce lieu d’accueil de rue de l’EREN à Neuchâtel qui fonctionne avec une douzaine de bénévoles.

Clarifier les rôles, gérer les tensions, s’intéresser aux motivations et aux limites de chacun est nécessaire. Certains bénévoles recherchent un cadre précis, d’autres souhaitent une large autonomie, voire porter un projet. L’Église gagne à offrir une palette variée de formes d’engagement, jusqu’à la gestion de projets par des bénévoles, relève Jacqueline Lavoyer-Bünzli.

Un outil pour avancer ensemble

Mis à disposition des Églises et des paroisses par Diaconie Suisse, en version électronique ou imprimée, ce guide se veut un support pour faire évoluer les pratiques en Suisse romande. Le tout dans une démarche collective : il s’agit de réfléchir ensemble au bénévolat, de partager les expériences du terrain et de construire des cadres adaptés aux défis d’aujourd’hui. « Comme tous les outils, il doit être utilisé et apprivoisé pour voir comment il peut répondre aux mieux aux attentes », estime Jean-Marc Leresche.

Dans un contexte où l’engagement change de visage, le bénévolat apparaît quoi qu’il en soit plus que jamais comme une chance pour les Eglises réformées : celle de se renouveler, de s’ouvrir et de rester un acteur crédible du bien commun.

Infos : https://diakonie.ch/fr/guide-pratique/