L’organisation allemande « Brot für die Welt » met en garde contre une nouvelle crise alimentaire mondiale. Les conflits géopolitiques, la hausse des prix de l’énergie et le blocage du détroit d’Ormuz pourraient à nouveau aggraver la faim et l’insécurité alimentaire dans le monde entier, selon le bilan annuel de l’organisme de développement protestant présenté mercredi à Berlin.
La dépendance aux énergies fossiles et aux engrais chimiques, en particulier, rend les systèmes alimentaires vulnérables aux crises. Le détroit d’Ormuz constitue un goulet d’étranglement crucial pour l’exportation d’engrais azotés. La hausse des coûts des engrais et des transports pourrait avoir des répercussions à moyen et long terme sur les récoltes à travers le monde. Selon les estimations du Programme alimentaire mondial des Nations unies, le blocus actuel et persistant pourrait faire environ 45 millions de personnes supplémentaires souffrir de la faim.
Les pays où le riz est un aliment de base, notamment le Bangladesh, le Pakistan et les États les plus pauvres d’Asie du Sud-Est, seraient particulièrement menacés. « Brot für die Welt » souligne par ailleurs que, selon les données de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, plus de 645 millions de personnes souffrent actuellement de faim chronique. Bien que ces chiffres aient légèrement reculé récemment, ils restent élevés. L’évolution actuelle fait craindre qu’ils ne remontent à nouveau.
La présidente de Brot für die Welt, Dagmar Pruin, a qualifié cette situation de conséquence de décisions politiques et de structures injustes. « Il s’agit d’une crise d’origine humaine, qui était prévisible ! La faim n’est pas un phénomène naturel, mais le résultat de décisions politiques et de structures injustes. Il y a suffisamment de nourriture pour nourrir toute la population mondiale », a-t-elle déclaré selon le communiqué.
Pour y remédier, l’organisation allemande mise, en collaboration avec ses organisations partenaires, sur l’agroécologie. Il s’agit d’un système alimentaire qui s’étend de la production de semences et d’engrais à l’approvisionnement des populations, en passant par la production agricole, et qui repose sur des modes de culture diversifiés plutôt que sur des monocultures à grande échelle. « L’agroécologie n’est pas un projet de niche, c’est la meilleure voie vers une politique alimentaire indépendante », a déclaré Mme Pruin. Elle permettrait d’atténuer les conséquences des crises et des conflits mondiaux, de favoriser la création de valeur régionale et la biodiversité, ainsi que de réduire la pauvreté.
« Brot für die Welt » appelle le gouvernement fédéral allemand à intégrer davantage dans ses politiques de développement et agricoles des concepts visant à mettre en place des systèmes alimentaires résilients face aux crises. Les nouvelles coupes dans le budget du développement iraient à l’encontre de cet objectif, selon le communiqué.
Le bilan annuel fait état, pour 2025, de dons s’élevant à environ 72,6 millions d’euros, contre 73,9 millions d’euros l’année précédente. L’organisation protestante d’aide au développement a soutenu 3 001 projets dans 77 pays à travers le monde. Environ 90 % des fonds ont été directement affectés à des projets menés par des organisations partenaires. M. Pruin a remercié les donatrices et donateurs : « Même dans les moments difficiles, nos donatrices et donateurs se tiennent fidèlement aux côtés des personnes qui ont besoin de notre soutien. »
