En Suisse, les enfants issus de familles touchées par la pauvreté ont des chances de formation nettement moins bonnes que leurs camarades issus de ménages mieux lotis financièrement. C’est la conclusion à laquelle parvient le cahier thématique « Formation et pauvreté en Suisse » de l’Office fédéral des assurances sociales (OFAS).
L’analyse montre que ces différences apparaissent dès la petite enfance et se poursuivent souvent tout au long du parcours scolaire, selon un article du portail Sécurité sociale CHSS.
Comme le montre le rapport, environ 14 % de la population âgée de 25 à 64 ans ne possède pas de diplôme du degré secondaire II. Les personnes âgées ainsi que les personnes issues de la première génération d’immigrés seraient particulièrement touchées. Parallèlement, environ 10 % des jeunes adultes n’ont pas obtenu de diplôme du degré secondaire II avant l’âge de 25 ans. Chez les jeunes issus de familles bénéficiant de l’aide sociale, cette proportion est nettement plus élevée, à 24 %.
Le rapport décrit l’éducation comme une « condition préalable importante » à la participation sociale et économique. Dans le même temps, l’éducation n’est pas le seul facteur lié à la pauvreté. « Il existe de fortes corrélations entre l’éducation et la pauvreté », indique l’analyse. L’absence de diplôme ou le manque de compétences de base peuvent conduire à la pauvreté, tandis que la pauvreté a un impact négatif sur les chances de réussite scolaire.
Le rapport d’évaluation juge particulièrement critique la situation dans la petite enfance. Dès l’entrée à l’école maternelle, on observe parfois des différences considérables dans le niveau de compétences. Les enfants issus de familles socialement défavorisées disposent en moyenne de compétences linguistiques et cognitives plus faibles. Selon le rapport, les enfants issus de ménages à faibles revenus fréquentent en outre nettement moins souvent une crèche. Alors que dans les familles non défavorisées, un bon tiers des enfants d’âge préscolaire bénéficie d’un accueil extra-familial, cette proportion n’est que de 14 % dans les familles à faibles revenus.
Même pendant la scolarité obligatoire, il n’est souvent pas possible de combler les écarts existants. Au contraire, certains éléments indiquent que les différences de compétences liées à l’origine sociale s’accentuent encore au cours de la scolarité. Les résultats du programme PISA ont en outre montré que les jeunes issus de familles socialement défavorisées fréquentent plus souvent des classes aux exigences de niveau plus faibles et obtiennent plus rarement une maturité gymnasiale.
Le rapport met également en avant les nombreuses offres de soutien existantes. Parmi celles-ci figurent l’apprentissage précoce des langues, les programmes de visites à domicile, les services de conseil aux familles, les offres de soutien scolaire, les offres de transition vers le degré secondaire II ou les programmes de promotion des compétences de base chez les adultes. Toutefois, l’offre et l’accès varient parfois fortement selon les cantons et les communes. Selon l’analyse, il n’existe aucune coordination nationale, notamment dans le domaine de la petite enfance.
Le monitoring de la pauvreté souligne en outre que le manque de compétences de base représente un risque considérable, même à l’âge adulte. Environ 30 % des adultes âgés de 16 à 65 ans présentent de faibles compétences dans au moins un domaine. Les personnes peu qualifiées auraient plus souvent des revenus modestes ou seraient plus souvent touchées par le chômage.
En conclusion, le Moniteur appelle à redoubler d’efforts pour améliorer l’égalité des chances. Le rapport juge particulièrement importants les investissements dans l’éducation précoce, une plus grande mixité sociale dans les écoles ainsi qu’un meilleur accompagnement lors de la transition vers la formation et la vie professionnelle. Si l’éducation ne peut pas empêcher directement la pauvreté, elle apporte toutefois « une contribution importante à la prévention et à la lutte contre la pauvreté, indirectement par le biais de l’intégration sur le marché du travail ».
