La présidente de la Commission européenne a donné le coup d’envoi à Strasbourg. C’est par ces mots « L’Europe est en guerre » qu’Ursula von der Leyen a ouvert son discours sur l’état de l’Union et proclamé un « moment d’indépendance pour l’Europe », qui doit rendre l’UE plus résiliente sur les plans sécuritaire, technologique et économique. Elle prévoit notamment une « loi pour le travail de qualité » visant à renforcer l’emploi de qualité, une stratégie européenne de lutte contre la pauvreté avec pour objectif d’éradiquer la pauvreté d’ici 2050, ainsi qu’un plan européen pour un logement abordable. Elle a également annoncé une initiative « autoroutes énergétiques » visant à éliminer les goulets d’étranglement dans le réseau électrique, une « initiative pour des voitures petites et abordables » et des mesures supplémentaires en faveur de la coopération industrielle et de défense. Concernant Gaza, Ursula von der Leyen a déclaré : « La famine provoquée par l’homme ne doit jamais être une arme de guerre » ; l’Europe continuera à suivre une ligne humanitaire.
L’organisation paneuropéenne Eurodiaconia, qui chapeaute les associations diaconales, salue cette orientation, mais estime que l’équilibre entre les priorités économiques et sociales reste « fragile ». Selon son communiqué, « l’équilibre entre les priorités économiques et sociales reste fragile ». Eurodiaconia juge positives les annonces concernant le travail décent, la stratégie de lutte contre la pauvreté et le logement, mais demande en même temps des objectifs nationaux contraignants, des fonds européens suffisants et un suivi systématique dans le cadre du semestre européen. Sans cadre structurel de soutien aux services sociaux d’intérêt général, il sera difficile de combler le déficit de l’offre sur le marché du logement ; l’objectif de mettre fin au sans-abrisme d’ici 2030 serait alors hors de portée.
Eurodiaconia critique le fait que le débat sur la compétitivité et la rénovation industrielle n’aborde pas suffisamment les pénuries chroniques de personnel dans les soins de longue durée, le travail social sous-évalué et les dimensions de genre et de migration du personnel. Il manque également des références au cadre d’égalité contre la discrimination structurelle : des groupes tels que les Roms et les migrants ne sont pas mentionnés, alors qu’ils sont touchés de manière disproportionnée par la pauvreté, l’exclusion et la précarité de l’emploi. La politique migratoire se concentre fortement sur la protection des frontières et les retours ; il faudrait une gestion fondée sur les droits humains, avec des conditions d’accueil équitables, des voies d’accès sûres et une intégration à long terme qui renforce la cohésion sociale.
Von der Leyen a quant à elle réaffirmé l’agenda climatique et industriel de l’Europe : les batteries, l’économie circulaire et les technologies propres doivent être encouragées, des marchés de référence doivent être créés et les achats doivent être orientés vers le « Made in Europe ». En ce qui concerne l’industrie automobile, elle a souligné : « Quoi qu’il en soit, l’avenir est électrique ». Eurodiaconia approuve les objectifs climatiques, mais demande une compensation sociale accrue – par exemple via le Fonds social pour le climat – ainsi qu’un meilleur accès des services sociaux aux investissements dans la transformation écologique de leurs offres. Il est essentiel que les projets sociaux annoncés ne soient pas conçus comme des ajouts, mais comme les piliers de la « moment d’indépendance », avec des ressources, des engagements contraignants et une véritable participation de la société civile et des prestataires de services sociaux.
