La Confédération présente son premier rapport national sur la pauvreté

3 Déc 2025

Environ 8 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté – une stratégie nationale devrait suivre d'ici 2027.

Le Conseil fédéral a adopté le premier rapport du monitorage national de la pauvreté, présentant ainsi un nouvel ouvrage de référence sur la pauvreté en Suisse. Selon le communiqué de presse, environ 8 % de la population suisse ne dispose pas d’un revenu suffisant pour atteindre le seuil de pauvreté. Depuis 2017, ce niveau de pauvreté monétaire est relativement stable, oscillant entre 8 et 9 % ; l’objectif de réduction de la pauvreté fixé dans l’Agenda 2030 et dans les programmes législatifs n’a donc pas été atteint jusqu’à présent.

Le rapport, élaboré par l’Office fédéral des assurances sociales en collaboration avec l’Office fédéral de la statistique, les cantons, les communes, la recherche et la société civile, est publié tous les cinq ans. Il combine des analyses statistiques avec des portraits de personnes en situation de pauvreté et présente de manière systématique l’état actuel des connaissances sur la pauvreté. Selon le communiqué, le monitoring doit fournir à la Confédération, aux cantons et aux communes des « connaissances pertinentes pour la gestion » et servir de base à une stratégie nationale de lutte contre la pauvreté, qui devrait être prête d’ici 2027.

Le suivi se concentre sur la pauvreté monétaire : sont considérées comme pauvres les personnes dont le revenu du ménage – après prise en compte des prestations sociales et des transferts privés – est inférieur au minimum vital social défini par la Conférence suisse des institutions d’action sociale. Selon le rapport de synthèse, 8,1 % de la population résidante permanente était concernée en 2023. Les personnes sans activité lucrative, les parents isolés, les familles nombreuses, les personnes vivant seules, les personnes sans formation postobligatoire et les ressortissants de pays tiers sont particulièrement vulnérables. En outre, de nombreux ménages avec enfants vivent juste au-dessus du seuil de pauvreté ; une augmentation du minimum vital de 500 francs par mois doublerait environ le taux de pauvreté.

Dans le même temps, le rapport montre que la pauvreté est rarement permanente, mais qu’elle est souvent récurrente. Près de la moitié des personnes qui sortent de la pauvreté connaissent un nouvel épisode de pauvreté dans les cinq ans qui suivent. Environ un dixième des personnes concernées restent dans une situation de pauvreté monétaire pendant de nombreuses années. Les événements critiques de la vie, tels que la maladie, la séparation, le veuvage ou la perte d’emploi, sont cités comme facteurs déclencheurs, dont les conséquences varient considérablement en fonction du niveau d’éducation, de l’origine et de la couverture sociale.

Le suivi accorde une importance particulière à une compréhension multidimensionnelle de la pauvreté. « Plus de 80 % des personnes à faible revenu sont également limitées dans au moins un autre domaine de la vie », indique le rapport de synthèse. Outre la situation financière, cela concerne les domaines de l’éducation, du travail rémunéré, de la santé, du logement, des relations sociales et de la participation politique. Ainsi, environ la moitié des personnes à faible revenu souffrent d’une maladie chronique, 90 % consacrent plus de 40 % de leur revenu disponible aux frais de logement et vivent beaucoup plus souvent dans des logements surpeuplés.

Le travail rémunéré reste une protection essentielle contre la pauvreté : le taux de pauvreté des personnes actives est stable depuis des années, à environ 4 %, soit nettement inférieur à celui des personnes sans activité lucrative. Néanmoins, en 2023, environ 168 000 personnes étaient touchées par la pauvreté malgré leur emploi ; avec les membres de leur ménage, environ 300 000 personnes, dont environ 78 000 enfants, vivent dans des ménages dits « travailleurs pauvres ». Les personnes occupant des emplois atypiques, travaillant dans des secteurs à bas salaires ou à faible intensité de travail, ainsi que les travailleurs indépendants sont surreprésentés.

Les systèmes publics de sécurité sociale contribuent de manière significative à la réduction de la pauvreté. Sans les transferts sociaux, 16 % de la population vivant dans des ménages sans pension de retraite serait touchée par la pauvreté ; les assurances sociales et les prestations sous condition de ressources réduisent ce taux à 6,3 %. Néanmoins, le suivi fait état de défis à relever : entre 20 et 40 % des ayants droit ne perçoivent pas les prestations liées aux besoins, par exemple par honte, par ignorance ou en raison d’obstacles administratifs. En outre, les différences cantonales dans la conception des prestations sociales et la garantie du minimum vital font l’objet d’un débat sur la question de l’équité.

Dans l’ensemble, les auteurs soulignent que la pauvreté résulte de l’interaction entre des facteurs individuels et des conditions structurelles. Outre les diplômes, les revenus professionnels et le statut migratoire, le système éducatif, la garde des enfants, les règles du marché du travail et la sécurité sociale influencent également la marge de manœuvre des individus. Le premier rapport de suivi ne vise donc pas seulement à fournir des données, mais aussi à jeter les bases d’une stratégie nationale à long terme de lutte contre la pauvreté, qui s’attaque aux causes structurelles et coordonn