La lutte contre la pauvreté infantile marque le pas

26 Nov 2025

Plus de 400 millions d'enfants vivent dans la pauvreté à travers le monde. Un nouveau rapport de l'UNICEF montre que les progrès dans la lutte contre la pauvreté infantile ralentissent considérablement, même dans des pays riches comme la Suisse.

Plus d’un enfant sur cinq dans les pays à revenu faible ou intermédiaire – soit 417 millions de filles et de garçons – est fortement défavorisé dans au moins deux domaines essentiels. Il s’agit notamment de l’éducation, de la santé, du logement, de l’alimentation, des installations sanitaires et de l’eau. Selon le rapport phare « La situation des enfants dans le monde 2025 : mettre fin à la pauvreté des enfants – notre impératif commun », 118 millions d’enfants souffrent de trois de ces désavantages ou plus, et 17 millions en souffrent même de quatre ou plus.

« Les enfants qui grandissent dans la pauvreté et qui manquent de choses fondamentales telles qu’une bonne alimentation, des installations sanitaires adéquates et un logement sûr souffrent de conséquences dévastatrices pour leur santé et leur développement », déclare Catherine Russell, directrice générale de l’UNICEF. Elle rappelle que la pauvreté réduit les chances d’accès à l’éducation, raccourcit l’espérance de vie et augmente le risque de dépression et d’anxiété.

Le rapport s’appuie sur des données provenant de plus de 130 pays à revenu faible ou intermédiaire. Au total, 19 % des enfants dans le monde vivent dans une pauvreté monétaire extrême, c’est-à-dire avec moins de 3 dollars par jour. Près de 90 % de ces enfants vivent en Afrique subsaharienne et en Asie du Sud. Parallèlement, une analyse portant sur 37 pays à revenu élevé montre qu’environ 50 millions d’enfants, soit 23 %, y vivent dans une pauvreté monétaire relative. En France, en Suisse et au Royaume-Uni, la pauvreté infantile a augmenté de plus de 20 % entre 2013 et 2023, tandis que des pays comme la Slovénie, qui offrent des prestations familiales importantes, enregistrent des baisses significatives.

Entre 2013 et 2023, la proportion d’enfants dans les pays à faible et moyen revenu qui sont gravement défavorisés dans un ou plusieurs domaines a certes diminué, passant de 51 % à 41 %. Mais les conflits, les crises climatiques et environnementales, l’augmentation de la dette publique et les inégalités technologiques croissantes freinent les progrès. Selon l’UNICEF, les menaces de réduction de l’aide publique au développement ont des conséquences particulièrement graves : selon les estimations, elles pourraient entraîner la mort de 4,5 millions d’enfants de moins de cinq ans d’ici 2030 et priver six millions d’enfants supplémentaires de scolarisation d’ici l’année prochaine.

Dans le même temps, le rapport met en évidence des exemples de contre-stratégies efficaces. La Tanzanie a ainsi réussi à réduire la pauvreté multidimensionnelle des enfants de 46 points de pourcentage depuis 2000, notamment grâce à des subventions publiques et à des aides financières directes aux ménages les plus pauvres. Le Bangladesh a enregistré une baisse de 32 points de pourcentage au cours de la même période, grâce à des investissements dans l’éducation, l’approvisionnement en électricité, l’eau et les infrastructures sanitaires.

L’UNICEF appelle les gouvernements, les parlements, les organisations internationales et les entreprises à placer systématiquement les droits des enfants au cœur de la lutte contre la pauvreté. Cela implique notamment de faire de l’éradication de la pauvreté infantile une priorité politique claire, de mettre en place des politiques économiques et budgétaires adaptées aux enfants, de développer les systèmes de sécurité sociale, de garantir l’accès aux services publics de base et d’offrir des emplois décents aux parents et aux personnes qui s’occupent des enfants. « Même avant la crise financière mondiale, beaucoup trop d’enfants étaient privés de leurs besoins fondamentaux – et aujourd’hui, la situation risque de s’aggraver considérablement », prévient Russell. « Ce n’est pas le moment de se retirer. Il faut maintenant s’appuyer sur les progrès réalisés au fil des ans. »