Depuis quatre ans, le Centre social protestant Genève (CSP) organise une grande friperie éphémère qui est devenue un rendez-vous attendu à Genève. L’événement revient le 6 juin prochain à la salle communale de Plainpalais. Pour l’occasion, l’institution sociale sort de ses murs, espérant ainsi moderniser son image et attirer de nouveaux publics.
« On voulait créer un événement festif autour de la seconde main, surprendre les gens en allant dans des lieux où on ne nous attend pas forcément », explique Amandine Buisson, chargée de communication auprès de Renfile, la marque qui regroupe aujourd’hui les deux brocantes et les quatre boutiques du CSP à Genève. Pour casser les clichés associés aux magasins caritatifs, musique, animations, buvette, ateliers créatifs sont au programme.
L’an dernier, plus de 2’000 personnes ont participé à la manifestation. Cette année, quelque 15’000 articles de seconde main seront proposés, dont au moins 10’000 vêtements, chaussures et accessoires. Tous les articles seront vendus au prix unique de 5 francs.
La grande friperie proposera aussi pour la première fois des vinyles, des livres, de la vaisselle, des objets de décoration et même quelques petits meubles. « L’objectif est de faire voir toute la diversité des objets qui peuvent être réemployés », souligne la responsable.
Un espace « marques » fera aussi son apparition lors de cette édition, avec une sélection de pièces plus recherchées et vendues hors du prix unique. Une manière de répondre aux attentes de la jeune génération. « On veut montrer qu’on trouve chez nous des choses modernes, pas seulement des vieux habits à bas prix ».
Changement d’image
L’événement fait partie des actions lancées par Renfile, moteur de l’économie circulaire et solidaire du CSP Genève. La première brocante est née il y a plus de 70 ans, elle avait d’abord pour vocation de fournir des vêtements et des objets aux personnes en situation de précarité. Plusieurs boutiques et une deuxième brocante ont vu le jour depuis. Rebaptisées Renfile il y a cinq ans, elles incarnent désormais un modèle hybride, entre action sociale, économie circulaire et tendance vintage. « L’idée était d’ouvrir davantage nos boutiques à tout le monde », explique encore Amandine Buisson. Car la clientèle a évolué ces dernières années. Certes, les personnes en difficulté restent au cœur de la mission historique de l’institution sociale, mais elles côtoient désormais également des étudiants, des familles, des passionnés de mode vintage ou encore des consommateurs sensibles aux enjeux écologiques.
Alternatives durables
Face à l’explosion de la fast fashion, beaucoup de personnes ont modifié leurs habitudes de consommation et cherchent des alternatives durables. Mais le succès de la seconde main apporte aussi son revers. Les équipes du CSP constatent une baisse de la qualité des dons. « On reçoit énormément de vêtements de fast fashion, souvent usés ou abîmés. Les belles pièces deviennent plus rares », observe Amandine Buisson.
La montée en puissance des plateformes de revente en ligne et des vide-dressings y est aussi pour quelque chose. Les vêtements de marque ou les articles vintage de qualité sont désormais souvent revendus directement sur internet ou via des dépôts-vente spécialisés. Les boutiques solidaires récupèrent aujourd’hui davantage de vêtements à trier.
Chaque jour, l’atelier de tri de Plan-les-Ouates du CSP traite près de 1,5 tonnes de textiles. Dans l’atelier, travaille une équipe de huit à dix personnes dans le cadre de programmes de réinsertion professionnelle. Les employés, parfois éloignés du marché du travail ou récemment arrivés en Suisse, y apprennent également le français, suivent des formations et acquièrent une expérience professionnelle.
Aspect social
« C’est ce qui caractérise Renfile : un volet commercial et tout l’aspect social derrière », souligne Amandine Buisson. Les personnes accompagnées sont formées à la vente, au tri, à la collecte, à la logistique, à la réparation ou encore au recyclage des produits. Un atelier spécifique accueille également des jeunes sans formation afin de les initier à la couture, à la création textile et à la customisation de vêtements.
Sur les tonnes de vêtements reçues quotidiennement, seule environ la moitié peut toutefois être revendue. Le reste est trop abîmé. Une réalité qui illustre les dérives de la surconsommation textile. Pour limiter le gaspillage, le CSP développe depuis peu des ateliers d’ »upcycling » afin de revaloriser certains tissus et vêtements.
Depuis décembre 2025, Renfile a aussi lancé une ressourcerie qui met à disposition des matériaux et objets destinés aux artistes, designers, architectes ou bricoleurs. Des partenariats ont été noués avec la HEAD (Haute école d’art et de design de Genève) ou encore des organisateurs de festivals à la recherche de matériaux de récupération pour leurs décors et installations.
Pilier financier
Malgré les évolutions du marché, Renfile reste un pilier financier essentiel du CSP Genève. Les magasins de seconde main ont généré un peu moins de 5 millions de francs de chiffre d’affaires en 2025, soit près d’un tiers du budget global de l’institution.
L’organisation continue de proposer un vestiaire social en partenariat avec Caritas et la Croix-Rouge genevoise, totalement gratuit pour les personnes les plus démunies. Aujourd’hui, plus de 100 personnes sont accompagnées chaque année dans leur parcours de réinsertion grâce aux activités liées à Renfile. Sans compter les autres services (soutien social et juridique, traite des êtres humains, aide aux personnes issues de l’asile).
