À Genève, l’Antenne LGBTI apporte soutien social, solidarité et intégration à une population souvent vulnérable : la communauté LGBTIQ+. Une forme de ministère diaconal qui s’est imposée comme une référence francophone. Entretien avec son fondateur, Adrian Stiefel.

Quelle est la mission diaconale de l’Antenne ?

L’Antenne LGBTI Genève s’appuie sur les trois axes traditionnels de la diaconie : le service, la justice et la solidarité, ainsi que l’hospitalité évangélique. Nous offrons un accompagnement pastoral et communautaire à une population vulnérable, aux plus démunis et à celles et ceux qui traversent des situations de détresse. Aujourd’hui, environ 130 personnes font partie de notre communauté, qui n’est pas une Église à proprement parler, mais un espace sûr et inclusif pour les personnes LGBTIQ+.

Que propose l’Antenne ?

Nous organisons régulièrement des rencontres thématiques liées à la spiritualité, mais aussi des tables rondes, des groupes de parole et des cérémonies inclusives permettant à chacune et à chacun de vivre sa foi dans un cadre bienveillant et sécurisant. La communauté échange également via un groupe WhatsApp. Nous proposons en outre une consultation destinée aux personnes victimes de discriminations religieuses liées à leur orientation sexuelle ou à leur identité de genre, ainsi que des accompagnements individuels pour celles engagées dans un chemin de reconstruction personnelle et spirituelle.

Qui sollicite un accompagnement ?

Ce sont souvent des personnes en impasse dans leur vie ou rejetées par leur communauté religieuse. J’ai récemment accompagné un jeune homme gay, porteur du VIH, migrant et issu d’une famille très croyante persuadée que Dieu l’avait puni pour son homosexualité. Ce type de situation nécessite un soutien multiple : travail sur la culpabilité, questions de migration, suivi médical et accompagnement psychologique.

Comment fonctionnez-vous ?

Je réalise les accompagnements avec trois autres membres de l’Antenne. Nous tenons régulièrement des séances d’intervision et sommes toutes et tous signataires d’une charte déontologique. Nous n’assurons pas de suivi à long terme : nous orientons les personnes selon leurs besoins. Nous travaillons étroitement avec des psychologues et différentes structures d’entraide dans le secteur associatif, médical et socio-éducatif, telles que le Groupe santé Genève, Dialogai, le Refuge, l’Agora, Asile LGBTIQ+, Appartenances ou encore l’Association genevoise pour l’ethnopsychiatrie.

En quoi consistent vos accompagnements spirituels ?

Nous offrons d’abord une écoute. Certaines personnes repartent frustrées de ne pas obtenir de réponse à la question : « Que veut Dieu ? ». Mais je ne crois pas à l’autorité spirituelle. Je propose un accompagnement horizontal, fondé sur l’écoute active et le soutien. Je n’apporte ni solution, ni vérité. En revanche, entendre de la part d’un représentant de l’Église – et non d’un professionnel de la santé mentale – que « tout va bien, tu n’as rien fait de mal, ce que tu ressens n’est pas interdit et Dieu ne te condamne pas » est essentiel pour beaucoup.

Sur quels enjeux intervenez-vous particulièrement ?

L’un de nos axes majeurs est la lutte contre les prétendues « thérapies de conversion », encore pratiquées dans certaines Églises et communautés religieuses, notamment évangéliques. Nous recevons de nombreuses personnes soumises à des pressions visant à les contraindre à se conformer ou à quitter leur Église sous peine de perdre leur salut.

Dans quels cas redirigez-vous des personnes ?

Pour une personne suicidaire, je reste en contact avec son psychiatre et son médecin traitant. En cas de détresse grave, je l’oriente vers les urgences psychiatriques ou j’appelle la police si une intervention d’urgence est nécessaire. Nous recevons aussi des demandes de l’étranger, émanant de personnes victimes de discriminations sévères dans leur pays. Elles me demandent de les aider à venir en Suisse : je les redirige alors vers les structures compétentes. C’est fréquent pour des personnes originaires de pays africains où l’homosexualité est criminalisée, parfois passible de la peine de mort.

À qui s’adressent vos services ?

À toute personne ayant une trajectoire de vie LGBTIQ+, se sentant appartenir à une minorité sexuelle ou de genre. L’Antenne accueille également des parents et des proches. De plus en plus de personnes non directement concernées par ces questions participent à nos rencontres, simplement parce qu’elles s’y sentent libres d’être elles-mêmes. Nous accueillons des personnes âgées de 18 à 75 ans, de confession catholique, protestante, mais aussi d’autres confessions religieuses, agnostiques ou athées en quête de sens.

Quelle évolution l’Antenne a-t-elle connue ?

Née comme un simple groupe de parole il y a dix ans, la structure s’est fortement professionnalisée. J’ai beaucoup appris sur le terrain. Mon témoignage de rescapé de tentatives de conversion a été très médiatisé et a permis à de nombreuses personnes de s’identifier. J’ai ensuite suivi des formations et ai été reconnu dans une vocation ministérielle. L’Antenne a par la suite été établie comme le bureau cantonal de l’Église protestante de Genève (EPG) pour les questions LGBTIQ+.

L’Antenne défend aussi les droits des personnes LGBTIQ+ ?

Oui. Nous œuvrons au sein de l’EPG pour l’intégration de mesures inclusives. Nous accompagnons notamment la Compagnie des pasteurs dans l’élaboration de liturgies inclusives, dont un guide de bonnes pratiques. Nous travaillons également dans le cadre du dialogue œcuménique et interreligieux. Ministère cantonal de l’EPG et association d’utilité publique soutenue par la Ville de Genève, notre mission s’inscrit aussi dans une perspective laïque, notamment pour prévenir l’homophobie et la transphobie dans les milieux religieux et spirituels.

Quels projets envisagez-vous ?

Je souhaite développer l’accompagnement psychologique. L’idée serait de financer des consultations gratuites hors cadre LAMal, assurées par des professionnel·les formé·es aux questions LGBTIQ+ et religieuses. Il s’agirait d’effectuer une levée de fonds qui permettrait de créer un projet-pilote afin d’évaluer les besoins, puis envisager par la suite un éventuel contrat de prestations avec une structure étatique. À plus long terme, la création d’une aumônerie œcuménique LGBTIQ+ me semble également une évolution naturelle.

Infos: https://antenne-lgbti.epg.ch/

Photo: Alain Grosclaude