L’Atlas de la société civile constate que les libertés fondamentales sont menacées dans le monde entier

L’Atlas de la société civile constate que les libertés fondamentales sont menacées dans le monde entier

Le nouvel « Atlas de la société civile » met en garde contre la montée de la désinformation et le rétrécissement de l'espace dédié à l'engagement civique à l'échelle mondiale.

L’organisation allemande Brot für die Welt met en garde contre une intensification mondiale des atteintes aux libertés de la société civile. Cette mise en garde intervient à l’occasion de la présentation du 9e « Atlas de la société civile », qui met cette année l’accent sur la désinformation. Celle-ci serait de plus en plus utilisée par des acteurs étatiques et non étatiques pour diffamer les organisations de la société civile, criminaliser les manifestations et restreindre les espaces démocratiques, selon le communiqué.

Selon le réseau mondial CIVICUS, sur les données duquel s’appuie le rapport, seuls 277 millions de personnes, soit 3,4 % de la population mondiale, vivent encore dans des États où la liberté d’expression, de réunion et d’association est pleinement garantie. En revanche, plus de 70 % des personnes vivaient dans des pays où l’espace de la société civile était « réprimé » ou « fermé ».

Dagmar Pruin, présidente de Brot für die Welt, a déclaré lors de la présentation du rapport à Berlin que la désinformation sapait la confiance et divisait les sociétés. Selon le communiqué, la diffusion ciblée de fausses informations discréditerait les organisations non gouvernementales, criminaliserait la contestation et favoriserait les mesures répressives. Parallèlement, les militants seraient criminalisés, les subventions financières réduites et les organisations diffamées en tant que prétendus « agents étrangers ».

L’Atlas décrit en outre une dérive autoritaire croissante, y compris dans les États démocratiques. L’Allemagne, la France, l’Italie, la Suisse et les États-Unis ont été rétrogradés dans le classement CIVICUS. L’Allemagne est passée de la catégorie « restreinte » à la catégorie « limitée ». CIVICUS cite comme raison principale l’intervention des autorités allemandes dans le cadre des manifestations contre la guerre à Gaza. La Suisse fait également l’objet d’une évaluation plus critique dans le nouvel Atlas que les années précédentes. CIVICUS a rétrogradé la Suisse de la catégorie la plus élevée, « ouverte », à « restreinte ». Le rapport cite comme raisons les violences policières liées aux manifestations contre la guerre à Gaza ainsi que la surveillance des militant·e·s pour le climat.

Le rapport qualifie la désinformation de l’une des plus grandes menaces pour les sociétés démocratiques. Si la diffusion intentionnelle d’informations fausses ou trompeuses n’est « pas une invention d’Internet », son « pouvoir destructeur est aujourd’hui plus grand que jamais dans un monde globalisé et interconnecté numériquement », a déclaré M. Pruin selon le communiqué.

Les défenseurs des droits humains, les organisations de défense des droits des femmes, les militants pour le climat ainsi que les organisations qui s’engagent en faveur des réfugiés sont particulièrement touchés. À l’aide de nombreux exemples provenant de pays tels que le Salvador, le Zimbabwe, les Philippines ou la Tunisie, l’Atlas décrit comment les gouvernements et les acteurs politiques utilisent de manière ciblée la désinformation pour intimider ou réduire au silence les voix critiques.

Dans le même temps, le rapport décrit également les contre-stratégies mises en place par la société civile. Des organisations partenaires de Brot für die Welt aux Philippines et au Nigeria formeraient des jeunes, des citoyens et des journalistes à l’éducation aux médias ou développeraient des outils basés sur l’IA pour détecter les fausses informations. « Ce travail est indispensable, car nous avons besoin de sociétés de l’information résilientes, capables de lutter efficacement contre la désinformation », a déclaré M. Pruin selon le communiqué.

Brot für die Welt critique également les coupes budgétaires dans la coopération internationale. Celles-ci toucheraient précisément les organisations qui s’engagent en faveur des droits humains et de la démocratie à l’échelle mondiale. Pruin a averti qu’une société civile active n’était « pas un luxe », mais « le fondement de toute démocratie qui fonctionne ». Si sa marge de manœuvre continuait de se réduire, la démocratie serait finalement menacée à l’échelle mondiale, indique le communiqué publié.