Les commentaires haineux sur les réseaux sociaux sont considérés comme un problème croissant, y compris en Suisse. Ils blessent des personnes, discriminent des groupes et peuvent, selon l’évaluation de la Haute école des sciences appliquées de Zurich (ZHAW), contribuer à des actes de violence réels. Parallèlement, les débats toxiques repoussent les limites de ce qui peut être dit et affaiblissent la culture démocratique du dialogue. Le projet de recherche « Social Influencer : lutter contre la haine sur Internet grâce à une communication efficace » de la ZHAW Soziale Arbeit s’attaque à ce problème.
Dans le cadre de ce projet d’une durée de trois ans, une équipe interdisciplinaire collabore avec NCBI Suisse et la Commission fédérale contre le racisme. L’objectif est de mettre en place une forme de travail de rue numérique axée sur la lutte douce contre les discours haineux : une contre-argumentation organisée doit contrer les commentaires haineux sans restreindre la liberté d’expression.
Au cœur du projet se trouvent 13 influenceurs sociaux, pour la plupart des étudiants en travail social. Ils ont été formés dans le cadre de plusieurs modules, accompagnés par des superviseurs et soutenus sur le plan technique. Sur deux plateformes de réseaux sociaux et dans les sections de commentaires de deux journaux en ligne, ils ont recherché des commentaires toxiques et haineux et y ont répondu par des contre-discours méthodiques. De septembre à décembre 2024, ils ont ainsi publié 4 443 contre-discours ciblés.
Trois méthodes de communication sont utilisées : « Empathie : adoption d’une perspective analogue », « Récits alternatifs » et « DiQu : accent sur la qualité du discours ». Selon la situation, ils misent sur un changement de perspective, des contre-images positives ou un discours clairement structuré et factuel, qui marque les limites de ce qui peut être dit et appelle à un traitement respectueux.
Une extension de navigateur spécialement développée avec un classificateur de discours haineux aide à identifier les contenus problématiques et à documenter les interventions pour la recherche concomitante. Dans une prochaine étape, elle devrait également aider les influenceurs sociaux en leur proposant des réponses basées sur l’IA.
L’évaluation des premières données montre que le ton reste rude dans de nombreuses discussions en ligne, mais que les méthodes « Alternative Narrative » et « DiQu : Fokus Diskursqualität » conduisent plus souvent à des réactions neutres et factuelles ou polies qu’à des contre-arguments empathiques. Dans le même temps, l’approche ne s’adresse délibérément pas seulement aux auteurs des messages haineux, mais surtout à la grande majorité des lecteurs silencieux, dont l’opinion est influencée par les commentaires.
La responsable du projet, Judith Bühler, souligne que « les discours haineux sapent la démocratie ». Le projet vise à mettre en évidence des contre-modèles : « L’objectif du projet est de promouvoir une culture de discussion positive et constructive dans l’espace numérique. » Les influenceurs sociaux doivent être rémunérés équitablement pour leur travail exigeant, estime Judith Bühler : « Ce n’est pas quelque chose que l’on fait simplement par bonne volonté. » Elle estime également que l’État et les opérateurs de plateformes ont la responsabilité de créer des conditions-cadres qui limitent les discours haineux antidémocratiques et renforcent les formes numériques du travail social.
