Dans une prise de position détaillée, l’EERS s’est prononcée contre les mesures dites de conversion et a formulé des lignes directrices pour une pastorale ecclésiale responsable. Le Conseil de l´EERS y déclare que toute pratique visant à « modifier, réprimer ou traiter comme un déficit l’orientation sexuelle, l’identité de genre ou l’expression de genre » est incompatible avec l’accompagnement pastoral évangélique réformé. La prise de position est datée du 26 mai 2026.
Le point de départ de cette déclaration est le débat politique autour d’une interdiction nationale des « mesures de conversion » en Suisse. L´EERS souligne que des interdictions existent déjà dans certains cantons et que d’autres initiatives politiques ainsi qu’un rapport du Conseil fédéral sont en cours au niveau fédéral. Le Conseil de l’EERS insiste toutefois sur le fait qu’il n’y a « aucune raison d’attendre » sur le fond.
L´EERS s’exprime avec une clarté particulière sur la responsabilité des institutions ecclésiastiques. Lorsque des pratiques sont associées à des interprétations religieuses, à l’autorité spirituelle ou à des relations pastorales, il ne s’agit pas seulement d’interventions discutables sur le plan technique, mais d’« abus spirituel », selon la prise de position. Les « efforts visant à changer l’orientation sexuelle » ne manquent pas seulement de fondement médical et sexologique ; elles doivent également être rejetées pour des raisons théologiques et éthiques. De telles pratiques mettent en danger l’intégrité psychique des personnes concernées et font de l’accompagnement pastoral un « instrument d’hétéronomie religieuse ».
La prise de position développe son argumentation dans une perspective théologique réformée. La dignité humaine trouve son fondement dans l’amour de Dieu et ne dépend ni de la performance ni de la reconnaissance sociale. C’est de là que découle également l’approche de la sexualité. La sexualité n’est « ni la totalité de la personne, ni un aspect marginal quelconque », mais fait partie de la réalité corporelle et biographique de l’être humain. L’Église ne doit donc ni sacraliser ni délégitimer la sexualité.
Dans le même temps, l´EERS décrit la sexualité comme un domaine de vulnérabilité particulière. Elle touche à l’intimité, au rapport à soi-même et à la reconnaissance par les autres et est donc exposée à la violence, à la honte ou à l’abus de pouvoir. Il en découle une responsabilité particulière pour l’accompagnement spirituel de l’Église. Celui-ci doit être un espace où les personnes peuvent parler d’orientation, d’identité, de relations et de questions de conscience, « sans être déterminées ni par la honte ni par une orientation idéologique ».
L´EERS souligne que l’accompagnement spirituel ne doit pas servir à conformer les personnes à un idéal prédéfini. « Celui qui recourt à l’accompagnement spirituel ne devient pas un cas sur lequel on applique une doctrine », peut-on lire dans la prise de position. L’accompagnement spirituel évangélique réformé doit plutôt « servir la personne, et non lui imposer une approche normatrice ».
L´EERS réclame en outre des mesures concrètes au sein de l’Église. Les aumôniers, qu’ils soient salariés ou bénévoles, ont besoin de connaissances de base sur la sexualité, l’égalité des genres, la discrimination, les asymétries de pouvoir et les traumatismes. Il faut en outre mettre en place une supervision, une intervision ainsi que des structures de conseil et de signalement accessibles aux personnes concernées. Selon cette prise de position, l’Église doit « dire ce qu’elle protège et montrer comment elle protège ».
Dans la conclusion, le Conseil de l’EERS déclare que l’Église ne doit, en matière de sexualité, « ni dominer ni se taire ». Sa mission consiste à « écouter, discerner, accompagner et protéger ».
