A Berne, le groupe oecuménique « Femmes d’ici et d’ailleurs » réunit chaque mois des femmes migrantes francophones. Son objectif : favoriser les rencontres et l’intégration en Suisse. Rencontre avec Maria Teresa Escolar, responsable de cette initiative soutenue par l’Église française et la paroisse catholique de langue française de Berne.
Quand est né le groupe « Femmes d’ici et d’ailleurs »
Le groupe est né en 2016 sur une initiative de l’abbé Christian Schaller pour venir en aide aux femmes migrantes francophones et présentes à Berne et dans la région.
Comment ont débuté ces rencontres ?
Nous avons constaté que beaucoup de femmes francophones d’origine africaine ou autre, parfois installées depuis longtemps en Suisse, avaient besoin de créer des liens et de mieux comprendre le fonctionnement de leur société d’accueil. Nous avons donc lancé ces rencontres mensuelles, le jeudi, en français. Les participantes viennent majoritairement d’Afrique noire, mais également d’Amérique du Sud, d’Asie. Certaines vivent en Suisse depuis une vingtaine d’années, d’autres sont arrivées il y a quelques mois seulement dans notre pays. Le groupe évolue constamment.
Comment choisissez-vous les thèmes des rencontres ?
Ce sont les participantes qui les proposent. Nous partons toujours de leurs besoins. Ce printemps, nous avons ainsi parlé de la déclaration d’impôts avec un fiduciaire, du Bureau de l’égalité entre femmes et hommes, des différences entre catholiques et protestants, du dépistage du cancer du sein ou encore du tri des déchets.
Le thème tri des déchets peut surprendre…
C’est une idée qui vient de moi. Je suis très sensible aux questions écologiques et je me suis rendu compte que certaines femmes ne connaissaient pas toutes les règles de recyclage en Suisse. Nous avons donc invité Sandra Lüthi, chargée de communication du service « Entsorgung und Recycling » de la Ville de Berne pour en parler.
Vous faites souvent appel à des spécialistes ?
Oui, c’est essentiel. Pour les impôts, un fiduciaire est venu répondre aux questions. Pour l’égalité, nous avons invité une collaboratrice du Bureau de l’égalité, capable d’intervenir en français. On n’insistera jamais assez sur cette question, surtout auprès de femmes qui ont parfois grandi dans des sociétés où les inégalités entre hommes et femmes sont encore très marquées. Nous avons aussi accueilli une infirmière spécialisée en oncologie qui a expliqué comment pratiquer l’autopalpation pour favoriser un dépistage précoce du cancer du sein.
La religion trouve également sa place dans le programme ?
Oui, mais dans un esprit d’ouverture. Une fois par année environ, nous abordons un thème religieux présenté soit par un pasteur réformé soit par un père catholique. Un groupe œcuménique composé de catholiques et de réformés présente les ressemblances et les différences entre les deux traditions. Pour une communauté francophone minoritaire à Berne, cette collaboration est très naturelle.
Le Projet du Pont ne se limite pas à ces rencontres…
En effet. Nous organisons aussi des cours d’allemand pour les francophones. Ils rencontrent un succès croissant. Nous proposons aujourd’hui plusieurs niveaux, du débutant au confirmé. Les enseignantes sont toutes bénévoles. Deux sont francophones, une troisième, récemment retraitée, est alémanique. Elles s’investissent énormément. Je me demande parfois qui reçoit le plus : les élèves ou les professeures ! Des liens d’amitié se créent et nous espérons même monter un petit spectacle avec les participantes l’année prochaine.
Vous assurez également un accompagnement social ?
Oui. Les personnes dans le besoin savent que les Églises peuvent parfois apporter un soutien. Certaines viennent sans rendez-vous, en espérant une aide immédiate. Grâce au financement des Églises réformée et catholique francophone de Berne, nous pouvons organiser les activités mais aussi accorder, dans certains cas, une aide financière ponctuelle, par exemple pour régler une facture importante. Nous orientons aussi les personnes vers des fondations, des demandes de bourses ou les services sociaux compétents.
