L’égalité entre les sexes doit devenir un principe fondamental de la transformation numérique en Suisse. C’est ce que recommande une nouvelle étude réalisée à la demande de la Chancellerie fédérale et du Bureau fédéral de l’égalité entre femmes et hommes. Cette étude se présente comme la première analyse transversale à l’échelle nationale qui examine conjointement les questions de genre et de numérisation.
L’étude conclut « que l’égalité entre les femmes et les hommes n’est pas un sujet marginal, mais une condition préalable essentielle à une transformation numérique inclusive, souveraine et respectueuse des droits fondamentaux ». Compte tenu de l’évolution rapide de la réglementation et de l’attention croissante portée à la discrimination algorithmique, les autrices estiment que la Suisse a la possibilité de jouer un rôle déterminant au niveau international.
Au total, l’étude formule six priorités stratégiques. Ainsi, les aspects liés au genre doivent être explicitement intégrés dans la souveraineté numérique de la Suisse. Dès la phase de développement des systèmes numériques, il convient d’examiner systématiquement les répercussions possibles sur l’égalité entre les sexes et les droits fondamentaux, ainsi que les biais dans les données et les algorithmes. Parallèlement, le cadre juridique doit être élargi afin de couvrir également la discrimination algorithmique.
Une autre recommandation concerne la politique d’innovation. La recherche, les technologies open source et les projets visant à promouvoir l’égalité entre les sexes doivent bénéficier d’un soutien accru. L’étude propose en outre la création d’un centre de compétences national « Numérisation et genre ». Celui-ci aura pour mission d’accompagner les actrices et les acteurs, de diffuser les bonnes pratiques et de promouvoir un développement technologique responsable.
L’étude identifie également des besoins d’action dans les domaines de l’éducation et du monde du travail. Elle recommande la mise en place d’un cadre de référence national pour les compétences numériques, ainsi que des offres supplémentaires de formation initiale et continue, de reconversion professionnelle et de mentorat. Les femmes doivent être mieux représentées tout au long de la chaîne de valeur numérique – de la conception des systèmes techniques jusqu’aux fonctions de direction et de décision. Les procédures de recrutement et les structures organisationnelles devraient en outre être adaptées aux changements induits par l’automatisation et l’intelligence artificielle.
Il convient également de renforcer la place des femmes entrepreneurs dans l’économie numérique. À cette fin, l’étude préconise un meilleur accès au financement, aux réseaux professionnels et aux technologies financières adaptées. Les petites et moyennes entreprises dirigées par des femmes, en particulier, devraient bénéficier d’un soutien ciblé.
Pour piloter la politique d’égalité, l’étude préconise, à long terme, la collecte de données comparables ventilées par sexe. Elle recommande en outre la mise en place de registres publics des systèmes algorithmiques, des contrôles réguliers visant à détecter les biais, ainsi qu’une plus grande transparence concernant les modèles d’IA et les données utilisées. Les décisions entièrement automatisées doivent être limitées dans les domaines sensibles.
L’étude précise : « Il convient parallèlement de veiller à ce que ces technologies contribuent à long terme à réduire les inégalités entre les sexes, plutôt qu’à les renforcer. » Selon l’étude, le thème « Numérisation et genre » devrait donc être ancré de manière durable tant dans la stratégie pour l’égalité 2030 que dans la stratégie « Suisse numérique ».
