{"id":1001134,"date":"2026-04-30T11:17:27","date_gmt":"2026-04-30T09:17:27","guid":{"rendered":"https:\/\/diakonie.ch\/?p=1001134"},"modified":"2026-04-30T11:17:27","modified_gmt":"2026-04-30T09:17:27","slug":"la-sante-ne-concerne-pas-seulement-le-corps","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/diakonie.ch\/fr\/la-sante-ne-concerne-pas-seulement-le-corps\/","title":{"rendered":"\u00ab La sant\u00e9 ne concerne pas seulement le corps \u00bb"},"content":{"rendered":"<p>\u00c0 l\u2019heure o\u00f9 certains h\u00f4pitaux int\u00e8grent davantage les accompagnants spirituels aux \u00e9quipes soignantes, quitte \u00e0 gommer leurs signes distinctifs, le r\u00f4le de l\u2019aum\u00f4nerie \u00e9volue. Entretien avec Claudia Kohli, directrice du Centre de comp\u00e9tences pour l\u2019accompagnement spirituel en milieu de sant\u00e9 (CAMS).<\/p>\n<p><strong>\u00c0 l\u2019H\u00f4pital du Jura, les accompagnants spirituels portent d\u00e9sormais la blouse blanche. Que pensez-vous de cette \u00e9volution ?<\/strong><br \/>\nEn Suisse, il n\u2019existe pas un mod\u00e8le unique d\u2019aum\u00f4nerie : les pratiques varient selon les cantons, les institutions et les traditions. Certains privil\u00e9gient l\u2019ancrage eccl\u00e9sial, d\u2019autres une forte int\u00e9gration clinique. Cette diversit\u00e9 peut \u00eatre f\u00e9conde, \u00e0 condition que les r\u00f4les restent clairement d\u00e9finis. La sant\u00e9 ne concerne pas seulement le corps : la maladie touche aussi aux questions de sens, aux peurs, aux relations. Une pr\u00e9sence visible des accompagnants spirituels peut \u00eatre une vraie opportunit\u00e9, si leur mandat et leur autonomie sont reconnus. Leur intervention peut se faire de mani\u00e8re rapide et naturelle. Mais l\u2019essentiel n\u2019est pas le port de la blouse, mais la qualit\u00e9 de la relation et la clart\u00e9 du r\u00f4le.<\/p>\n<p><strong>L\u2019int\u00e9gration dans les \u00e9quipes soignantes est-elle un plus ?<\/strong><br \/>\nDans les services de sant\u00e9, les soins sont de plus en plus interprofessionnels. Face \u00e0 des situations complexes \u2014 maladies graves, soins palliatifs \u2014 les besoins d\u00e9passent souvent le plan m\u00e9dical. Les accompagnants spirituels soutiennent les patients, leurs proches, mais aussi les soignants. Ils offrent un espace pour exprimer les peurs, traverser les pertes, clarifier les valeurs ou \u00e0 situer int\u00e9rieurement des d\u00e9cisions difficiles, notamment en fin de vie. Leur apport est sp\u00e9cifique : il concerne le sens, l\u2019esp\u00e9rance, la spiritualit\u00e9. C\u2019est ainsi qu\u2019il compl\u00e8te les autres professions de sant\u00e9 et contribue \u00e0 un accompagnement plus global. Une int\u00e9gration r\u00e9ussie suppose toutefois une collaboration bien d\u00e9finie.<\/p>\n<p><strong>\u00c0 Del\u00e9mont, les \u00e9quipes d\u00e9pendent de la direction des soins. Est-ce un risque pour leur autonomie ?<\/strong><br \/>\nLa question centrale n\u2019est pas la position des aum\u00f4niers dans l\u2019organigramme, mais la garantie de la libert\u00e9 professionnelle, du secret et des standards de qualit\u00e9. Un rattachement institutionnel peut renforcer la visibilit\u00e9, la mise en r\u00e9seau et la coordination. Mais l\u2019aum\u00f4nerie doit conserver un espace propre, confidentiel, orient\u00e9 vers la singularit\u00e9 de chaque situation. Elle n\u2019ob\u00e9it pas d\u2019abord \u00e0 une logique d\u2019efficacit\u00e9, mais son r\u00f4le est de proposer une pr\u00e9sence l\u00e0 o\u00f9 l\u2019accompagnement humain est essentiel.<\/p>\n<p><strong>Cette int\u00e9gration favorise-t-elle la reconnaissance de l\u2019aum\u00f4nerie ?<\/strong><br \/>\nUne pr\u00e9sence visible et bien int\u00e9gr\u00e9e la rend plus accessible et suscite davantage de confiance. Mais la reconnaissance na\u00eet surtout de la qualit\u00e9 des rencontres : l\u2019\u00e9coute, le respect, la discr\u00e9tion, la fiabilit\u00e9. L\u2019image de l\u2019aum\u00f4nerie \u00e9volue souvent dans l\u2019exp\u00e9rience concr\u00e8te. Elle reste encore aujourd\u2019hui parfois r\u00e9duite aux rites religieux, alors qu\u2019elle offre un accompagnement existentiel face \u00e0 la maladie, \u00e0 l\u2019incertitude ou aux pertes.<\/p>\n<p><strong>L\u2019h\u00f4pital peut-il \u00eatre vu comme une forme de paroisse ?<\/strong><br \/>\nLe milieu hospitalier est un lieu o\u00f9 la vie se manifeste avec une intensit\u00e9 particuli\u00e8re. L\u2019accompagnement spirituel y rend une pr\u00e9sence concr\u00e8te, par l\u2019\u00e9coute, le soutien, les gestes rituels lorsqu\u2019ils sont souhait\u00e9s et la proximit\u00e9 dans les moments de fragilit\u00e9. On peut y voir un espace eccl\u00e9sial particulier, ouvert \u00e0 tous, dans le respect des histoires de vie et des convictions de chacune et chacun.<\/p>\n<p><strong>Faut-il d\u00e9velopper des formes d\u2019aum\u00f4nerie la\u00efque ?<\/strong><br \/>\nNous vivons dans une soci\u00e9t\u00e9 diverse, o\u00f9 beaucoup n\u2019appartiennent \u00e0 aucune communaut\u00e9 religieuse, mais portent malgr\u00e9 cela des questions spirituelles, existentielles ou \u00e9thiques. L\u2019accompagnement spirituel, m\u00eame lorsqu\u2019il est port\u00e9 par les \u00c9glises, s\u2019adresse \u00e0 toutes et tous. Il vise \u00e0 offrir un soutien attentif au langage, aux convictions et au parcours de vie de chaque personne. A mon sens, l\u2019enjeu n\u2019est pas d\u2019opposer religieux et la\u00efque, mais de garantir un accompagnement professionnel de qualit\u00e9, accessible \u00e0 toutes et tous et respectueux des parcours de vie.<\/p>\n<p><strong>Faut-il ouvrir davantage \u00e0 d\u2019autres religions ?<\/strong><br \/>\nLe monde hospitalier refl\u00e8te la pluralit\u00e9 religieuse et culturelle de la soci\u00e9t\u00e9. Si nous voulons travailler de mani\u00e8re centr\u00e9e sur la personne, nous devons prendre cette r\u00e9alit\u00e9 au s\u00e9rieux. L\u2019accompagnement spirituel n\u2019est pas d\u2019abord confessionnel, mais professionnel, ouvert \u00e0 toutes et tous et orient\u00e9 vers les besoins de chacun. Des dimensions religieuses peuvent s\u2019y int\u00e9grer lorsqu\u2019elles sont souhait\u00e9es ou pertinentes \u2014 par exemple la pri\u00e8re, les rites ou la fin de vie pour des patients musulmans. Des besoins comparables existent dans d\u2019autres traditions. Dans les moments de crise, ces questions prennent souvent une grande importance. Cela ne signifie pas qu\u2019il faille cr\u00e9er partout des structures compl\u00e8tes pour chaque religion, mais plut\u00f4t d\u00e9velopper des solutions solides : coop\u00e9rations, r\u00e9seaux, personnes de r\u00e9f\u00e9rence qualifi\u00e9es et comp\u00e9tences multireligieuses.<\/p>\n<p><strong>Quels sont les principaux d\u00e9fis aujourd\u2019hui ?<\/strong><br \/>\nIl s\u2019agit de mieux faire conna\u00eetre la contribution de l\u2019accompagnement spirituel, avec des crit\u00e8res clairs et davantage de recherche sur ses effets. Il s\u2019agit aussi de r\u00e9pondre avec ouverture, sens du dialogue et respect, \u00e0 la diversit\u00e9 des croyances. Les transformations du syst\u00e8me de sant\u00e9 \u2014 pression du temps, p\u00e9nurie de personnel, num\u00e9risation, contraintes \u00e9conomiques et questions \u00e9thiques complexes \u2013 impliquent en outre de pr\u00e9server des espaces pour la dignit\u00e9 et l\u2019humanit\u00e9. Et malgr\u00e9 tout, pr\u00e9server l\u2019essentiel : \u00eatre pr\u00e9sent pour la personne, l\u00e0 o\u00f9 elle souffre, esp\u00e8re ou cherche un sens.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c0 l\u2019heure o\u00f9 certains h\u00f4pitaux int\u00e8grent davantage les accompagnants spirituels aux \u00e9quipes soignantes, quitte \u00e0 gommer leurs signes distinctifs, le r\u00f4le de l\u2019aum\u00f4nerie \u00e9volue. 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